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Par Serge Guérin
Voilà plus de 30
ans que la France a fait le choix collectif de la pré-retraite pour
résorber le chômage des jeunes. L’idée, partagée
par les gouvernements successifs, les partenaires sociaux et le monde patronal,
était que la mise à l’écart des plus âgés
allait permettre de faire de la place aux plus jeunes.
Ce choix de privilégier
l’éviction des seniors a renforcé les représentations
négatives attachées à l’âge et favorisé
un vieillissement professionnel précoce alors même que l’espérance
de vie s’allongeait. Plus grave encore, les employeurs ayant intégré
un départ rapide des salariés, ont cessé d’investir
sur la formation de leurs employés dès leur 45 ans. En fin de
compte, alors que dans la période, l’espérance de vie s’est
allongé de trois mois par an, soit environ sept ans, l’espérance
de vie professionnelle s’est réduite, à l’entrée
dans la vie active comme à la sortie, de huit ans. La perte sèche
est de 15 ans !
Surtout, si cette politique a favorisé l’adaptation de certaines
entreprises aux mutations de l’environnement social et économique
reste que finalement, elle n’a pas permis de réduire le chômage
des jeunes.
En fait, l’éviction
des seniors ne s’est pas traduite par des remplacements 1 pour 1. Lorsque
qu’un employé senior a été mis à l’écart,
son emploi a pu être supprimé, ou repris par un autre salarié
ou encore remplacé par une machine.
Par ailleurs, l’éviction
des seniors a conduit à réduire la dynamique économique
générale et la confiance d’une large partie de la population
entraînant un surcroît de chômage. C’est pour cela que
nous cumulons l’un des taux d’activité des 55-64 ans les
plus faibles d’Europe avec l’un des taux de chômage des jeunes
les plus élevé.
Aujourd’hui, il apparaît
bien que cette situation n’est pas tenable ne serait-ce qu’en raison
du déficit de la branche retraite. Le déficit a atteint en 2007,
les 4,5 milliards d’euros et se situera, selon les scénarios du
COR, entre 24,8 et 33,4 milliards d’euros en 2020. la politique d’éviction
menée a réduit le potentiel de population active et augmenté
le nombre de retraités et pré-retraités conduisant dans
l’impasse le financement de la retraite.
L’éviction
des seniors entraîne une diminution de la population active alors que
par suite d’un déficit de naissances, les 20 prochaines années
vont voir l’arrivé en nombre insuffisant de jeunes sur le marché
du travail.
Le choix est assez simple :
réduire les pensions, au risque d’accroître l’appauvrissement
de nombre de nos concitoyens, augmenter les cotisations, au risque de décourager
l’emploi et l’activité, ou encore allonger la durée
moyenne d’activité des salariés.
Des réformes se
sont succédées mais elles n’ont pas suffisamment inversées
la tendance. En revanche, elles ont permis de faire prendre conscience à
l’ensemble du corps social de l’importance de l’enjeu. Une
action efficace demandera de travailler sur les représentations de l’âge
auprès des décideurs et des employeurs et de renforcer les actions
de communication et de pédagogie. Ces dernières années
des milliers de personnes ont pris leur retraite au plus tôt de peur qu’elle
soit moins favorable dans les années à venir. Je crois aussi nécessaire
d’inventer des incitations pécuniaires au profit de l’emploi
des seniors suffisamment lisibles et visibles pour changer la donne.
Enfin, il va falloir se
poser la question de l’âge de la retraite. Sans doute faudrait-il
abandonner toute référence à l’âge pour permettre
à ceux qui le peuvent et à ceux qui le souhaitent de poursuivre
aussi longtemps que possible une activité. L’augmentation du nombre
d’années de cotisation est un signal qui peut permettre de faire
bouger les mentalités.
Reste que l’enjeu est de passer d’une logique de l’âge
à une logique de la contribution. Les entreprises ne peuvent plus faire
l’économie d’une politique de management des seniors.
Serge
Guérin
Professeur à l’ESG
Auteur de Manager les quinquas (avec G Fournier), Editions d’organisation.
Prix du Livre RH 2006, Syntec-Sc Po. Vient de publier Vive
les vieux !, Ed Michalon

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