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Dominique Argoud (Fondation de France) : "Pour une personne âgée, mieux vaut-il dire "je suis malade" que "je suis seule"

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Dominique Argoud, président du Comité Personnes âgées de la Fondation de France depuis 2002, est sociologue. Il enseigne à l’université Paris XII autour de la thématique des politiques éducatives et sociales.

Pourquoi, pour une personne âgée aujourd'hui en France, mieux vaut-il dire "je suis malade" que "je suis seule" ?

D.A : Depuis la canicule de l’été 2003, l’isolement des personnes âgées constitue une réalité sociale dont on se préoccupe. Mais s’il y a une réelle prise de conscience depuis ces dernières années, cela ne signifie pas que la société soit prête à apporter des réponses à la hauteur des besoins. Car cela supposerait la mise en place d’une véritable politique préventive dépassant les simples campagnes actuelles de sensibilisation.

Or, en l’absence d’une telle politique, adopter à titre individuel un rôle de « malade » ou de « personne dépendante » s’avère une stratégie souvent inconsciente, mais beaucoup plus « payante » pour que l’on s’occupe de soi. En effet, compte tenu de l’orientation curative de nos politiques sanitaires et sociales, des réponses existent pour s’occuper d’une personne malade ou dépendante, grâce à tout un réseau de professionnels, d’équipements et de services. Mais en privilégiant un tel mode de réponse, on élude la question de l’isolement, en la traitant sous un angle médico-social. La société fait ainsi abstraction de la question du lien social qui est pourtant au coeur de la problématique de l’isolement.

Quelles sont les causes de l'isolement des personnes âgées en France aujourd'hui ?

D.A : Ce n’est pas une question simple car les causes sont multiples : elles dépendent de trajectoires de vie qui sont toutes singulières. On n’est pas isolé, on le devient selon des processus assez divers. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle les pouvoirs publics ont tant de difficultés à concevoir une réponse appropriée. Il est difficile d’imaginer une réponse unique étant donné la diversité des situations.

Mais quand on s’intéresse aux causes de l’isolement des personnes âgées, il convient de rappeler préalablement que l’isolement n’est pas un phénomène spécifique aux personnes âgées. Néanmoins, il est vrai que ces dernières sont particulièrement concernées comme en témoigne l’INSEE à travers ses enquêtes permanentes sur les conditions de vie des ménages qui indiquent une corrélation entre l’isolement et l’âge, le handicap ou le milieu socio-économique des personnes. Ces indications sont importantes car elles viennent réfuter une idée assez solidement ancrée dans le grand public selon laquelle l’isolement serait la résultante d’un abandon des personnes âgées par leur famille. C’est une idée très largement invalidée par les faits.

Que fait la Fondation de France pour y remédier ?

D.A : Après avoir contribué à mieux appréhender cette problématique de l’isolement des personnes âgées à travers une étude qui a été menée en 2002-2003 par quatre équipes universitaires, la Fondation de France soutient des projets de lutte contre l’isolement dans le cadre de son axe de programme intitulé « Vieillir dans son quartier, dans son village : des aménagements à inventer ensemble ». Depuis 2002, près de 300 projets ont ainsi été soutenus. Ils sont naturellement très divers : il y a des projets visant à structurer des réseaux de veille de proximité, des projets visant à créer des lieux de sociabilité, des projets de « remédiation » pour tenter de renouer un contact avec des personnes parfois isolées depuis de longues années… Bref, la prise en compte de la problématique de l’isolement des personnes âgées ouvre un vaste espace où il est encore possible de proposer des actions innovantes.

 

 

Par K.S. Date 16-07-2008

 

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