Définir les compétences transférables : sortir des clichés

Une compétence transférable, c’est une aptitude, une qualité, ou un savoir-faire développé dans un poste ou une situation, que l’on peut appliquer avec succès dans un domaine ou un métier différent. Mais il ne s’agit pas seulement de “savoir s’adapter” : il existe une multitude de compétences concrètes, techniques ou comportementales, très recherchées sur le marché.

  • Les compétences techniques : gestion de projet, maîtrise d’un logiciel, pilotage d’équipe, gestion budgétaire, etc.
  • Les compétences comportementales (soft skills) : résolution de problèmes, communication, leadership, sens de l’organisation, gestion du stress, etc.

D’après le rapport du World Economic Forum (2023), plus de 50 % des salariés devront actualiser ou réinventer leurs compétences d’ici 2027. Or, les compétences transférables représentent la passerelle la plus efficace pour une employabilité durable.

Pourquoi les compétences transférables sont-elles stratégiques après 45 ans ?

L’expérience accumulée avec l’âge amène souvent plus de facilité à : gérer l’imprévu, agir avec recul, prioriser, manager des hommes, écouter, convaincre. Ce socle - souvent perçu à tort comme “trop généraliste” - est en réalité distinctif, notamment dans les environnements en mouvement.

Emmanuel Quidet, président de la Chambre de Commerce et d’Industrie française à Dubaï, le rappelait dans une interview à L’Usine Nouvelle : “Les seniors ont expérimenté des crises, des transitions, ils savent piloter la transformation et rassurer.” Cette capacité à transférer des acquis “hors fiche de poste” est une réponse aux besoins des entreprises en mutation constante.

  • 85 % des métiers de 2030 n’existent pas encore aujourd’hui (Dell Technologies/Institute for the Future, 2019)
  • La mobilité interne repose majoritairement sur l’adaptation et la transférabilité des savoir-faire (Harvard Business Review, 2022)

Les étapes pour cartographier ses compétences transférables

1. Analyser son parcours professionnel avec recul

Confronter ses expériences à une grille d’analyse permet de sortir du piège du “je n’ai fait que…”. Il s’agit ici de prendre le temps de lister toutes ses missions, réalisations et contextes rencontrés au fil du temps :

  • Quels sont les projets menés de A à Z ? Les améliorations mises en place ?
  • Qu’est-ce qui revenait souvent dans les feedbacks, auprès des pairs ou des managers ?
  • Quels problèmes avez-vous su régler, et dans quel contexte ?

Utiliser un carnet ou un tableau Excel pour recenser ces éléments permet d’objectiver et de prendre conscience de ses ressources réelles.

2. Identifier ses points forts à travers plusieurs outils

  • Le portefeuille de compétences (bilan de compétences) : Il constitue l’outil le plus complet si vous souhaitez dresser un état des lieux poussé. Selon la Dares, près de 64 000 bilans de compétences sont réalisés chaque année en France. Ils permettent de structurer l’analyse et d’éviter les angles morts (source : Dares, 2023).
  • L’autoévaluation structurée : Confrontez-vous à des référentiels métiers, comme ceux publiés par l’Onisep, Pôle Emploi ou l’APEC. Vérifiez votre maîtrise de chaque compétence demandée dans différents métiers cible.
  • L’entretien miroir : Faites-vous accompagner par un pair, un manager ou un coach, qui posera un regard extérieur sur vos expériences.

Certains outils gratuits en ligne peuvent servir d’appui : Mon Conseil en Evolution Professionnelle ou Orientation pour tous proposent des questionnaires et référentiels utiles.

3. Classer ses compétences selon leur transférabilité

Une astuce efficace consiste à organiser ses compétences selon trois catégories :

  1. Les “universelles” : gestion du temps, adaptation, négociation, résolution de problèmes.
  2. Les “sectorielles” : propres à un environnement (par exemple, la connaissance d’une réglementation spécifique).
  3. Les “techniques” : expertise sur un outil ou un process particulier.

Les premières sont transférables dans quasiment tous les contextes, les secondes et troisièmes gagneront à être reformulées avec un vocabulaire plus “généraliste” pour maximiser leur impact lors d’un repositionnement.

Transformer ses compétences en arguments pour l’emploi

L’identification ne suffit pas : il faut savoir formuler et “vendre” ses compétences transférables, à l’écrit comme à l’oral. C’est là que l’action commence vraiment.

1. Relier chaque compétence à des réalisations

Exemple concret :

  • “Gestion de projet” n’est pas tout : décrire un projet mené avec méthode, en détaillant objectifs, contraintes, moyens, résultats (méthode STAR : Situation, Tâche, Action, Résultat) donne du poids à la compétence.
  • “Leadership” : à illustrer par une situation où vous avez fédéré une équipe malgré un contexte difficile.

2. Adapter son discours selon la cible

  • Listez les attendus clés de chaque secteur ou poste visé et ajustez la formulation de vos compétences.
  • Appuyez-vous sur les offres d’emploi pour repérer les mots-clés et besoins exprimés par les employeurs.

Un conseil RH : évitez le langage trop technique ou “jargonisant”. Faites simple, clair, spécifique ! Le recruteur doit visualiser immédiatement ce que vous pouvez apporter.

Les compétences transférables les plus recherchées en 2024

Chaque année, les acteurs de l’emploi publient des listes de compétences à haute valeur ajoutée, recherchées quels que soient le poste ou le secteur. Les tendances actuelles selon LinkedIn et France Compétences ?

  • Adaptabilité et résilience
  • Communication interpersonnelle et digitale
  • Capacité à apprendre et à se former (learning agility)
  • Sens de l’organisation, gestion des priorités
  • Résolution de problèmes complexes
  • Maîtrise des outils collaboratifs et numériques

Plus de 60% des employeurs affirment aujourd’hui privilégier les candidats démontrant ces compétences, même s’ils n’ont pas l’expérience “parfaite” du secteur (source : Apec, baromètre 2023).

Focus sur l’entretien : comment illustrer ses compétences transférables ?

Les recruteurs cherchent aujourd’hui des preuves concrètes. Préparez des exemples illustrant les compétences transférables que vous souhaitez mettre en avant :

  • Préparez 2 à 3 exemples par compétence clé
  • Entraînez-vous à utiliser la méthode STAR : décrivez la Situation, la Tâche, l’Action menée, le Résultat obtenu
  • Montrez la transférabilité : explicitez comment vous avez acquis cette compétence et pourquoi vous pouvez la mettre au service d’un autre secteur ou d’une autre mission

Un détail valorisant : un recruteur est souvent frappé par la capacité à relier des expériences variées à un même fil conducteur (exemple : conduite du changement dans l’industrie, puis dans le service, puis en association).

Les pièges à éviter dans l’identification des compétences transférables

  • Le syndrome du “tiens, si je mettais tout ?” : Trop de compétences nuisent à la lisibilité. Il vaut mieux cibler les 5 à 8 plus pertinentes pour chaque projet professionnel.
  • La sous-évaluation : Beaucoup d’expérimentés pensent que "c’est évident", donc ne détaillent pas suffisamment. Or, chaque compétence doit être prouvée, contextualisée, incarnée.
  • La généralisation stérile : “Je suis dynamique, rigoureux, à l’écoute…” n’a de poids que si vous donnez de la matière concrète issue de votre parcours.

Pour aller plus loin : outiller et valoriser ses compétences transférables

La maîtrise des outils numériques et des réseaux devient un levier, même pour les parcours “traditionnels”. Valorisez vos compétences sur LinkedIn (section “Compétences”), dans les CV en ligne ou lors d’interventions professionnelles.

  • Réfléchissez à formaliser vos compétences par la VAE (Validation des Acquis de l’Expérience) : un dispositif accessible à tout âge, qui transforme des acquis en diplôme reconnu.
  • Impliquez-vous dans le mentoring, l’accompagnement de projets ou le bénévolat professionnel : chaque expérience est une nouvelle occasion d’enrichir son portefeuille de compétences.

Diversifiez aussi vos modes de formation : MOOCs, webinaires, ateliers en entreprise. La formation tout au long de la vie est la meilleure manière de renforcer, d’actualiser et de repérer de nouvelles compétences transférables.

Élargir le champ des possibles : l’identification des compétences transférables comme levier d’épanouissement

Identifier ses compétences transférables n’est pas une simple formalité administrative : c’est une dynamique qui permet d’élargir son marché, de préparer une évolution choisie et de donner du sens à son parcours. Pour les profils de plus de 45 ans, c’est un atout pour démontrer agilité, motivation et valeur ajoutée. Savoir lister, illustrer, et formuler ses compétences transférables, c’est se donner la chance de rester acteur de son chemin professionnel, quels que soient les défis du marché.

Pour approfondir, consultez les ressources de l’APEC (apec.fr) ou les guides de France Compétences. Et souvenez-vous : l’expérience ne prend toute sa valeur que si elle est reconnue… et transmise.

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