Pourquoi valoriser l’expérience devient un impératif stratégique pour la marque employeur

Dans un contexte de tensions sur le marché de l’emploi, les entreprises sont de plus en plus confrontées à la nécessité de diversifier leurs sources de recrutement et de fidéliser tous les talents. Selon l’INSEE, d’ici 2030, près d’un actif sur trois aura plus de 50 ans. Or, 44 % des recruteurs admettent encore avoir des réticences à embaucher des candidats seniors (Baromètre Apec 2023). Pourtant, études après études, l’association entre expérience professionnelle et performance est établie (Baromètre Adecco 2022).

La marque employeur ne peut plus ignorer ce levier décisif. Valoriser l’expérience ne se limite pas à afficher des portraits souriants de collaborateurs expérimentés sur la page carrière. Cela implique des actions concrètes, visibles et vécues en interne et en externe. Tour d’horizon de pratiques efficaces et à la portée de toute organisation soucieuse de booster son attractivité et sa performance.

Le storytelling authentique des parcours d’expérience

Parler de l’expérience ne suffit pas. Il s’agit de la montrer, de la raconter, de lui donner voix. Aujourd’hui, un site carrière convaincant donne une place éminente aux témoignages de collaborateurs expérimentés, aux récits de montée en compétences après 45 ans, aux vidéos authentiques.

  • Témoignages vidéo : Les formats courts où un salarié explique concrètement comment il a évolué dans l’entreprise, quels projets il porte à 50 ans ou après, marquent bien plus qu’un chiffre clé.
  • Podcast d’entreprise : Certaines entreprises, comme le groupe Orange, réalisent des podcasts internes donnant la parole à des profils seniors : ces médias renforcent l’attractivité sur LinkedIn et lors des forums de recrutement.
  • Interviews croisés intergénérationnels : Mettre en avant la complémentarité des générations sur un projet permet de valoriser l’apport de chacun, loin des clichés.

La formation tout au long de la vie : un signal fort, attendu et différenciant

Dans 62 % des entreprises françaises, les plans de développement des compétences font encore la part belle aux salariés de moins de 40 ans (source Dares, 2022). Et pourtant, proposer des modules sur-mesure pour accompagner les évolutions de carrières des plus expérimentés, c’est envoyer un signal audacieux et différenciant.

  • Mettre en place une offre spécifique de formation pour les plus de 45 ans (gestion de projet, digital, accompagnement au changement, transmission de savoirs, etc.).
  • Initier les Parcours Experts où l’expérience est reconnue et challengée (certificats, badges internes…)
  • Valoriser le mentorat inversé et les ateliers collaboratifs pour que chacun puisse transmettre et recevoir, quel que soit l’âge.

Selon une étude Malakoff Humanis de 2023, 73 % des salariés seniors souhaiteraient bénéficier de davantage d’opportunités de formation. C’est aussi un argument de recrutement rare et puissant.

Développer une politique RH visibles et orientée “expérience”

La cohérence entre discours et réalité se mesure à travers la politique RH. Il s’agit de transformer les engagements en véritables critères de gestion, diffusés dans l’entreprise mais aussi à l’extérieur, sur les réseaux sociaux ou au cours des entretiens.

  1. Affichage de la mixité générationnelle dans les indicateurs-clés du rapport RSE, avec des chiffres sur l’âge médian du comité de direction, ou la part des +45 ans dans les promotions internes.
  2. Révision des fiches de poste et offres d’emploi : Éviter toute mention d’âge ou de “profil jeune”, valoriser l’expérience et les soft skills développées avec l’ancienneté.
  3. Rémunération de la transmission : Certaines entreprises intègrent des primes de tutorat ou mentorat, rendant explicite la reconnaissance de l’expertise au service des équipes.
  4. Partenariats engagés : Travailler avec des organismes d’insertion ou de recrutement spécialisés sur les profils expérimentés, comme Force Femmes ou l’Apec, et communiquer dessus.

Communiquer sur des preuves tangibles plutôt que des promesses vagues

Les actions de marque employeur les plus percutantes sont celles qui s’appuient sur des preuves concrètes. Cela augmente la confiance des candidats et des salariés, qui deviennent de véritables ambassadeurs.

  • Indicateurs publics de maintien dans l’emploi : Afficher sur le rapport RSE ou sur le site carrière la part des recrutements de +45 ans réalisés sur 12 mois.
  • Portraits de succès : Publier des “portraits” ou des interviews de salariés ayant évolué après 45 ou 50 ans.
  • Labels et reconnaissances externes : Mettre en avant les distinctions obtenues : le label “Entreprise Émérite” décerné par l’association Mobilians ou la reconnaissance « Top Employeur » incluant la gestion des seniors.

Selon Glassdoor, les candidatures issues de salariés recommandés sont 46 % plus nombreuses dans les entreprises qui mettent en avant des actions concrètes et lisibles de valorisation de l’expérience.

Repenser l’accompagnement des carrières après 45 ans

Valoriser l’expérience, c’est aussi offrir aux collaborateurs matures un accompagnement adapté à leur trajectoire et à leurs aspirations. Négliger cette étape, c’est prendre le risque d’une démotivation silencieuse, aux coûts invisibles mais majeurs.

  • Bilan de carrière régulier dès 45-50 ans, pour intégrer les évolutions de l’entreprise aux projets individuels.
  • Coaching personnalisé pour préparer les mobilités internes ou la transmission de compétences.
  • Refonte des trames d’entretien annuel : intégrer un volet “nouvel enjeu” ou “passation”, au lieu de se cantonner à la simple évaluation du poste.
  • Ateliers d’intelligence collective par cohortes d’expérience : recueillir les attentes et faire émerger de nouveaux projets portés par des profils expérimentés.

L’étude de France Stratégie “L’emploi des seniors, les leviers d’action” (2021) a d’ailleurs montré que les entreprises proposant un suivi personnalisé post-45 ans ont un taux de turnover 2 fois inférieur à la moyenne de leur secteur.

Faire de la diversité d’âge un marqueur de la culture d’entreprise

Enfin, une marque employeur forte fait de la diversité d’âge l’un de ses repères structurants, au même titre que la parité ou l’inclusion.

  • Communications internes dédiées à la diversité d’âge : challenges, événements, formation à la lutte contre les stéréotypes et témoignages croisés.
  • Participation active à des salons dédiés à l’emploi des seniors (Forum Emploi Seniors, Silver Economy Expo…).
  • Création de réseaux internes seniors ou “clubs expé”, véritables plateformes d’échanges et de partage de bonnes pratiques.
  • Mise en avant d’actions de solidarité intergénérationnelle sur le site RH ou les réseaux sociaux.

McKinsey (rapport Diversity Wins, 2020) a démontré que les entreprises ayant une forte diversité d’âge dans leurs équipes de direction sont 1,7 fois plus performantes que la moyenne sur le plan de l’innovation.

Des actions qui transforment la performance… et la perception

Valoriser l’expérience ne relève ni d’une mode RH, ni d’une injonction défensive face à la pénurie de talents. C’est une stratégie globale, au croisement du marketing, du management et de l’engagement sociétal. Les entreprises qui osent assumer l’expérience comme un moteur de leur marque employeur voient émerger un cercle vertueux : attraction des meilleurs profils, engagement durable et performance renforcée.

En 2024 et au-delà, la question n’est plus “Faut-il promouvoir l’expérience ?” mais bien “Comment faire de l’expérience votre avantage concurrentiel durable ?”. Les réponses et leviers sont aujourd’hui connus, éprouvés et mesurables. Il appartient à chaque organisation de s’en emparer pleinement – et d’en faire une signature RH reconnue sur son marché.

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