Une tendance qui monte : pourquoi le cumul emploi-retraite interpelle

Le paysage du travail des seniors s’est profondément transformé au fil des dernières années. Avec l’augmentation de l’espérance de vie, les carrières s’allongent et le désir de maintenir une activité professionnelle après la retraite ne cesse de s’affirmer. Le cumul emploi-retraite, longtemps perçu comme marginal, devient une réalité crédible et choisie pour de nombreux seniors. Mais l’est-il vraiment ? Quels constats derrière cette évolution, et quelle ampleur le phénomène prend-il en France en 2024 ?

Décryptage précis d’une tendance à la fois sociale, économique et RH : qui sont ces seniors concernés, quelles motivations, quels freins, avec quels impacts pour les entreprises et la société ?

Combien de seniors optent pour le cumul emploi-retraite en France ?

Avant d’entrer dans le détail, quelques chiffres clés : selon les données de la Caisse Nationale d’Assurance Vieillesse (CNAV, 2023), près de 500 000 personnes cumulent actuellement une pension de retraite et une activité professionnelle. Le phénomène, en croissance quasi-continue depuis l’assouplissement du dispositif en 2009, concerne environ une personne sur dix ayant liquidé ses droits à la retraite en France.

Quelques repères pour mieux cerner l’ampleur :

Si, rapporté à l’ensemble des seniors (12 à 13 millions de personnes selon l’INSEE), le cumul concerne une minorité, il s’agit d’un groupe en progression constante. Le récent relèvement de l’âge légal de départ à la retraite (réforme de 2023) pourrait amplifier la dynamique à moyen terme.

Notons enfin qu’environ 30 % des personnes prenant leur retraite à taux plein reprennent un emploi dans les 5 ans qui suivent (source : DREES, Études et Résultats n° 1248, février 2023).

Le profil-type du senior "cumulant" : diversité et constats

Contrairement à certaines idées reçues, les « cumulants » ne forment pas un bloc homogène. Plusieurs profils émergent :

On distingue principalement :

  1. Les cadres et professions intellectuelles, revenant ponctuellement pour des missions d’expertise ou de conseil.
  2. Les « petits entrepreneurs » ou indépendants qui prolongent leur activité au-delà de l’âge légal, souvent par choix ou par passion.
  3. Les salariés de métiers dits « d’exécution », pour qui le complément de revenu est vital.

Motivations et freins : les ressorts du cumul

Qu’est-ce qui pousse les seniors à poursuivre une activité ?

Le réflexe le plus courant est de penser au besoin financier. Il est réel : selon la DREES (DREES, mars 2022), 44 % des cumulants citent le maintien du niveau de vie comme principal moteur.

Mais d’autres leviers pèsent lourd :

Des freins bien réels

Quelques obstacles persistent, freinant le développement du cumul :

Quels secteurs recrutent le plus de cumulants seniors ?

Le phénomène n’est pas homogène selon les secteurs :

Le secteur public n'est pas en reste, malgré des règles spécifiques : près de 65 000 cumulants en 2021 dans la fonction publique, principalement dans l’enseignement et la santé (source : Cour des Comptes, Rapport 2022).

Que change la réforme 2023 ?

La réforme des retraites a rebattu certaines cartes :

À noter que le gouvernement réfléchit à d’autres assouplissements ciblés sur les "métiers en tension", afin de faciliter des recrutements de seniors expérimentés là où le besoin est criant.

Impact pour les entreprises et pour la gestion des talents

Un vivier d’expérience, à activer autrement

Le cumul emploi-retraite, bien encadré et anticipé, se révèle une formidable ressource pour les organisations :

Pour tirer parti de cette opportunité, les entreprises ont intérêt à :

En retour, cela dynamise la culture d’entreprise, favorise l’inclusion et optimise la gestion des compétences rares.

Un mouvement qui va s’intensifier ?

L’avenir du cumul emploi-retraite semble inscrit dans une dynamique durable. La majorité des observateurs anticipent une montée en puissance du dispositif : pour 2030, le nombre de cumulants pourrait dépasser les 650 000 si les paramètres restent stables (projections DREES/INED).

Ce mouvement de fond s’explique à la fois par l’aspiration à la liberté de choix chez les seniors qu’à la demande structurelle des organisations.

Le grand défi sera de simplifier le cadre administratif, d’accompagner l’employabilité des seniors, et de renforcer l’inclusion intergénérationnelle. Il s’agira moins, pour demain, de répondre à une nécessité d’appoint financier que d’activer toutes les ressources de l’expérience, dans des sociétés allongées et profondément réinventées.

Le cumul emploi-retraite n’est pas un phénomène massif, mais il concerne de plus en plus de seniors et devrait continuer à progresser. Il traduit une évolution positive : celle d’une nouvelle vision de la seconde partie de carrière, porteuse d’identité, de transmission et de création de valeur pour tous les acteurs de l’emploi.

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